8 MARS (III). FUYANT LES GRIFFES DU TRIPALIUM, ORGANISONS LA GRÈVE FÉMINISTE DES TRAVAILLEUSES

Après avoir passé des mois plongés dans des débats interminables avec nos amies, nos camarades de classe et nos camarades militantes, et après s’être emmêlés dans une lutte politique interne constante, il est temps d’ajouter un contenu rationnel et d’organiser sur le plan politique les idées que nous avons développées et les réflexions informelles qui en résultaient. Dans les deux dernières entrées, nous avons eu l’occasion de présenter notre positionnement politique et de donner quelques aperçus sur le sujet politique à organiser. Mais cette fois, c’est le moment de réfléchir sur la grève comme outil utilisé par les différents secteurs pour développer ou mener une lutte : qu’entendons-nous par grève ? qui fait la grève ? pourquoi faire la grève ? comment la science prolétaire a-t-elle conçu la grève ? et comment le mouvement féministe hégémonique a-t-il pu la concevoir ? Par ce post, nous allons essayer de répondre à ces questions et à d’autres. Tout d’abord, nous présenterons une brève chronologie de la grève féministe, dans le but de situer dans le temps ce phénomène créé et développé ces dernières années. Parallèlement, nous parlerons de quelques opportunités positives créées par la grève féministe, et nous exposerons certaines limites de l’approche politique proposée pour cette journée. En attendant, nous essaierons d’ exprimer le potentiel de la grève féministe, c’est-à-dire d’expliquer comment devrait être la grève féministe afin de renforcer la capacité d’organisation des travailleurs.

Les débuts de la grève féministe se situent au moment où l’ONU proclama 1975 l’Année internationale de la femme. Parce que, influencées par cet événement, cinq déléguées d’une des organisations féministes islandaises ont créé un comité, avec l’intention d’organiser des événements novateurs destinés aux femmes. Un mouvement de femmes plus radical, Red Stockings, proposa l’idée d’organiser une grève des femmes, avec l’intention de rendre visible le rôle fondamental des femmes dans la société et de faire comprendre à la société la différence entre les salaires et le travail des femmes à l’intérieur et à l’extérieur du foyer. Toutefois, le Comité décida de remplacer le mot grève par “jour de congé” parce qu’il serait plus facile pour les masses de l’accepter et qu’il était plus probable que les employeur-e-s licencient les femmes pour grève que pour un jour de congé. Après des semaines d’organisation de cette journée, le 24 octobre 1975, 90% des femmes islandaises renonçaient au travail salarié, aux tâches domestiques et à la garde des enfants. Cinq ans plus tard, Vigdis Finnbogadottir a été élu Président de l’Islande. Finnbogadottir devint la première femme démocratiquement élue dans l’organisation politique mondiale bourgeoise. En tout état de cause, cela n’a pas signifié la fin des différences et, depuis lors, les femmes qui travaillent ont quitté leur emploi cinq fois avant la fin de leur journée de travail pour montrer clairement que l’égalité de rémunération n’a pas été atteinte.

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8 MARS (II). RÉFLEXIONS SUR LES IDENTITÉS ET LE SUJET FÉMINISTE

La question de la sororité universelle qui s’est récemment renforcée dans le féminisme nous a suscité plusieurs doutes, comme nous l’avons mentionné dans le texte précédent, en raison de l’idée du sujet qui apparaît à côté de la sororité universelle et des alliés et ennemis qui en découlent. Pour que ce débat puisse avancer correctement, il est nécessaire de faire une lecture historique du sujet collectif au cours des dernières années et de prendre en compte les facteurs qui ont influencé son déclin.

Dans les années 60 et 70, le déclin de la lutte de classe et la montée du néolibéralisme ont été frappants. Ce phénomène ne se produit pas partout et à tout moment en même temps, mais on peut le situer dans ces décennies, bien que, par exemple, l’historiographie française ait renoncé à la théorie marxiste dès les années 50.

À l’époque, les militantes radicales des années 60 ont perdu la foi en la possibilité de mener la révolution, et ces militantes ont été rejointEs par des jeunes touchés par le pessimisme de l’époque. Plusieurs événements entrelacés ont marqué ces années. D’une part, la défaite des mouvements dirigés par les travailleuses qui cherchent à construire des sociétés dont l’objectif était l’égalité, notamment la Chine et l’URSS. D’autre part, l’offensive néolibérale visait les conditions de vie des travailleuses (Foley, 2018). Avec l’idée précédente, il faut mentionner les campagnes contre le marxisme menées par les intellectuels de gauche dans les universités dans les années 80 et 90 : elles renoncèrent à la révolution et donnèrent la priorité aux petits événements, ABADONNANT la lutte des classes, renforçant la qualification des oppressions et donnant une importance centrale à la subjectivité. A travers tout cela, elles réussirent à diviser la lutte de classe en luttes individuelles qui n’avaient pas de caractéristiques communes. Ainsi sont apparus de nouveaux mouvements sociaux qui, au lieu de proposer une résistance au capitalisme, ont souligné la nécessité de coalitions plurielles dans les mouvements réformistes.

Compte tenu de ce qui précède, il est frappant de constater à quel point on a mis la conscience de classe à part, comme l’on a pu le constater dans les attaques contre le marxisme dans les milieux académiques : dénominant le marxisme comme réductionniste et essentialiste, surtout par les académiques postmodernes, poststructuratistes ou postmarxistes. Face à cela, les différentes méthodologies alternatives sont celles qui ont composé le réductionnisme de la classe.

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8 MARS (I). 8M JOUR DE LA FEMME TRAVAILLEUSE! REJOINT LA GRÈVE, REJOINT LA RÉVOLUTION!

Cette année encore, le 8 mars approche avec la sympathie et l’envie de mobilisation qu’il genère, les espaces militants ont déjà commencé à se réveiller. Nous sommes nerveuses ,nous avons des doutes sur que faire, comment le faire, et avec qui le faire, nous discutons beaucoup mais ne nous y retrouvons pas… tout cela dans un contexte de multiples débats qu’a connu Euskal Herria ces dernières années. Même concientes de notre but, il nous est difficile de déterminer comment agir ces jours précis. Afin de surmonter nos contradictions et nos absences, et avec l’intention de prendre parti dans ce contexte, nous devons donc nous positionner sur la grève féministe. Ainsi, cette article est destiné à toutes celles d’entre nous qui sont envahis par le sentiment d’être perdu, il vise à expliquer comment nous nous positionnons depuis Itaia, avec l’intention d’aider à l’action dans les villes, les quartiers et les centres éducatifs.

Il est bien connu que, grâce aux propositions du Mouvement Féministe, l’année dernière, nous avons fait sortir à la rue des millions de personnes du monde entier. Bien que cette journée ait été débordante de passion, la lutte n’a éte prolongée que par une minorité de personnes. De plus, les revendications dont on se souvient n’ont pas grand-chose à voir avec la lutte pour l’émancipation des femmes travailleuses. Le Mouvement féministe est encore ému par les paroles de Rihanna, et essaye de corriger la justice bourgeoise des Etats espagnol et français (et celle de leurs représentants basques) et arbore le coopérativisme basque pour l’autonomisation des femmes. Il est évident que nous avons commis quelques erreurs. Bien que le 8 mars 2018 nous ait donné des résultats, il est nécessaire de tirer les leçons du travail accompli, de sorte qu’en plus d’évaluer les victoires, nous tenions compte des erreurs que nous avons commises et apliquions toute cette expérience cette année.

Aujourd’hui, dans ce premier article sur le 8 mars, nous aimerions mettre sur la table deux leçons que nous approfondirons dans les posts suivants. Premièrement, il est nécessaire de considérer la classe ouvrière comme sujet pour mettre fin à l’oppression des femmes dépossédées. Sur ce, nous devons éloigner la lutte féministe des travailleuses des alliances entre classes, et l’inclure dans l’indépendance de classe. D’autre part, pour que la grève féministe soit efficace, elle doit être un instrument de construction du socialisme ; en d’autres termes, nous devons comprendre le 8 mars comme un jour de lutte au cours duquel nous obtiendrons des objectifs concrets suivant une stratégie révolutionnaire.

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